En 2030, la France accueillera pour la quatrième fois de son histoire les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver. Après Chamonix en 1924, Grenoble en 1968 et Albertville en 1992, ce sont les Alpes françaises qui seront à nouveau sous les projecteurs. Mais derrière l’annonce d’un tel événement, le projet de loi actuellement dans la navette parlementaire soulève de profondes inquiétudes.

Une candidature née dans la précipitation pour satisfaire deux présidents de Région

La candidature des Alpes françaises n’a pas été un choix mûrement réfléchi. Elle a été lancée en juillet 2023 par les présidents des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, sans concertation des habitants, ni des élus locaux. Quelques mois plus tard, le CIO a retenu ce projet, puis confirmé l’attribution des Jeux en juillet 2024, alors même que l’État n’était pas en mesure de fournir les garanties financières demandées, du fait de la crise politique nationale.

Ce n’est qu’en avril 2025 que le contrat hôte a été signé entre le CIO, les régions et les comités olympiques. Aujourd’hui, le projet de loi « JOP 2030 » vise à traduire cet engagement dans le droit français. Mais il le fait au prix de dérogations massives au droit commun : urbanisme, environnement, finances publiques, participation citoyenne, sécurité. Le Sénat a examiné ce texte de loi en première lecture en juin. Maintenant, il est en débat à l’Assemblée nationale.

Le choix du déni

En tant que cheffe de file du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires sur le projet de loi, nous avons fait le choix dès le début des débats d’alerter sur trois dénis majeurs :

  • Un déni démocratique : contrairement à la Suède ou à la Suisse, qui prévoyaient une consultation populaire pour leur candidature, la France a choisi la voie du huis clos. Aucun débat national, aucune évaluation sérieuse, aucune saisine de la Commission nationale du débat public.
  • Un déni budgétaire : alors que les financements pour le sport diminuent, les garanties exigées par le CIO se chiffrent déjà à plusieurs centaines de millions d’euros. Les rapports de l’Inspection générale des finances parlent d’un budget du COJOP Alpes 2030 « lourdement déficitaire ». Les Jeux de Paris 2024 ont coûté trois fois plus cher que prévu — qui peut croire que la montagne échappera à cette dérive ?
  • Un déni écologique : la montagne est en première ligne face au réchauffement climatique : fonte du permafrost, recul de l’enneigement, fragilisation des écosystèmes. Pourtant, le texte autorise des dérogations urbanistiques massives, l’artificialisation de sols même protégés, et une procédure allégée de participation du public.

Nos propositions en première lecture au Sénat

Avec de nombreux collègues saisis dans plusieurs commissions, nous avons porté une ligne exigeante et constructive. Nos amendements visaient à protéger les territoires, renforcer la transparence et réaffirmer notre attachement au processus démocratique. Parmi eux :

  • Encadrer les survols d’hélicoptères, pour les limiter strictement aux secours et au ravitaillement.
  • Interdire tout projet de taxis volants ou de vertiports, gadgets technologiques inacceptables en montagne.
  • Supprimer l’article 13, véritable « chèque en blanc » qui dispense d’autorisations d’urbanisme pendant 18 mois.
  • Maintenir l’enquête publique, indispensable rendez-vous démocratique, au lieu d’une simple consultation en ligne.
  • Protéger le patrimoine, notamment le Fort des Têtes à Briançon, site inscrit à l’UNESCO, contre une reconversion spéculative.
  • Se prémunir d’opérations immobilières spéculatives en sanctuarisant des logements sociaux et saisonniers dans les potentielles nouvelles constructions, alors que les lits froids sont un fléau dans les territoires alpins.
  • Préciser la remise en état écologique des sites, pour éviter que les installations temporaires ne laissent des cicatrices durables.
  • Supprimer les dérogations au Zéro Artificialisation Nette (ZAN), qui fragiliseraient nos engagements environnementaux.
  • Garantir un rapport de la Cour des comptes, pour faire toute la lumière sur les coûts, l’héritage et les conditions sociales des Jeux Olympiques et Paralympiques.
  • Renforcer la parité et l’éthique dans le sport, en instaurant l’égalité dans les instances olympiques et en encadrant la rémunération des dirigeants.

La droite conservatrice et le Gouvernement n’ont pas voulu prendre la mesure de nos alertes et de nos inquiétudes de l’organisation d’un tel événement. Tous nos amendements ont été rejetés, en bloc, par la majorité sénatoriale comme par le gouvernement. À croire qu’au-delà des grandes paroles, une véritable responsabilité sociale et environnementale de ces jeux soient bien éloignée de celles et ceux qui appuient sur l’accélérateur à moins de 5 ans de l’événement.

Notre boussole : l’intérêt général

Nous aimons le sport. Passionnément. Nous croyons en sa capacité à rassembler, à inspirer et à émanciper. Mais aimer le sport, ce n’est pas le sanctuariser aveuglément. C’est aussi savoir le questionner et le réorienter, pour qu’il reste au service de toutes et tous.

Les Jeux d’hiver 2030 ne doivent pas devenir un accélérateur d’inégalités, de surveillance et de dégradations environnementales. Ils doivent être exemplaires : démocratiques, transparents, respectueux des territoires et des habitants.

C’est cette exigence que nous avons porté à l’occasion de l’examen du projet de loi au Sénat et que nous continuerons de porter. Parce que l’héritage que nous laisserons ne doit pas être celui de dettes, de fractures sociales et de cicatrices écologiques. Les territoires de montagne ne sont pas un terrain d’expérimentation : ce sont des espaces fragiles, vivants, qu’il faut protéger.