Le dernier conseil d’administration de l’AEFE en date du 11 mars a révélé un excédent budgétaire de 3,2 M€ pour l’exercice 2025, là où les prévisions du Gouvernement annonçaient un déficit de près de 57 millions.

La crise n’est pas fictive pour autant.

Les établissements, anticipant les mesures annoncées à l’automne, ont fortement réduit leurs dépenses en fin d’année 2025. Des créances ont été récupérées auprès d’établissements français en Chine. Des aides à la scolarité ont été reportées sur 2026. Un effet de change favorable a aussi joué. Ces facteurs ne se reproduiront pas mécaniquement et plusieurs d’entre eux pèseront plutôt sur les comptes de l’année 2026. Ce que l’on saura de la situation financière de l’Agence à l’automne sera différent du dernier CA.

À cela s’ajoutent deux limites structurelles de toute lecture financière réalisée à cette période de l’année. Le réseau fonctionne sur deux rythmes scolaires, Nord et Sud, et les établissements de l’hémisphère Sud n’ont pas encore intégré l’ensemble de leurs opérations dans la consolidation de l’exercice 2025. Par ailleurs, la remontée des informations budgétaires depuis les établissements d’un réseau si étendu est par nature décalée : les données sont incomplètes en mars, et l’Agence elle-même reconnaît qu’une image comptable fiable pour 2025 ne sera disponible qu’à l’automne. Ce compte financier est donc, en l’état, une photographie partielle.

Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté. Le CA de mars 2025 avait présenté exactement le même profil pour l’exercice 2024 : un excédent de 27 M€, là encore très au-delà des prévisions, pour les mêmes raisons (crédits non consommés, recettes non encaissées au 31 décembre, effets de change). Le même schéma se répète donc : ce n’est pas un accident, c’est un biais systémique de la lecture des comptes en mars, qui produit mécaniquement une image plus favorable que la réalité consolidée.

Ne nous trompons pas de cible ! Ce que ce conseil d’administration confirme en revanche, c’est ce que nous dénonçons sans cesse : la réalité d’un désengagement structurel de l’État. La subvention pour charges de service public a encore reculé de 39 M€ en 2025. Dans le même temps, la hausse du taux de pensions civiles a alourdi la masse salariale de plus de 10 millions supplémentaires (une charge que l’État a, pour mémoire, toujours refusé de compenser, assumant ce choix comme « délibéré » lors d’un précédent CA).

Ce sont ces deux questions – le niveau de la subvention et le financement des pensions – qui conditionnent l’avenir de l’Agence : aucune mesure sérieuse ne pourra en faire l’économie.

C’est la raison pour laquelle les mesures adoptées à une courte majorité en décembre méritent d’être suspendues et réexaminées. Non pas parce que l’AEFE irait mieux ou serait durablement excédentaire mais parce que ces décisions ont été prises sans attendre les conclusions sur l’impact du sous-financement de l’État de son réseau d’enseignement français à l’étranger.

Partout, les fermetures de postes, le gel des salaires des personnels de droit local, les hausses de frais de scolarité de 8 à 15 % sur un an, voire à plus de 20% sur deux ans, dans les établissements en gestion directe et conventionnés, produisent des effets durables et immédiats sur les personnels, leurs établissements et les familles.

Analyser les impacts des choix budgétaires et politiques faits et à venir est précisément l’ambition de la mission d’information sénatoriale sur l’enseignement français à l’étranger que je co-rapporte avec le sénateur Yan Chantrel et nos collègues Claude Kern et Georges Naturel. Nous entendrons l’ensemble des acteurs du réseau pour produire des recommandations fondées.