Le 28 avril, entre 17Hh30 et 20h, j’organisais un colloque au Sénat intitulé : « Protection des océans : la France face à ses responsabilités ». Près de soixante-dix personnes se sont réunies en Salle Médicis pour débattre avec les intervenantes et intervenants, venus partager leurs connaissances, leurs expériences et leur témoignage. 

Le colloque fut divisé en deux tables rondes distinctes mais complémentaires : la première, portant sur un état des lieux des aires marines protégées en France, et la seconde, portant sur les enjeux et les solutions de transition vers une pêche durable.

Parce que ce colloque, qui visait certes à présenter les enjeux multiples et complexes qui gravitent autour de la protection des océans en donnant la parole aux acteur.ices concerné.es, fut également l’occasion de lancer notre campagne « marée citoyenne ». Alors que la Conférence des Nations Unies sur les océans se clôturera à Nice le 12 juin, je défendrai ce même jour en hémicycle ma proposition de loi visant à mieux protéger les écosystèmes marins.

Notre action pour l’océan n’en est qu’à ses débuts. 

Nous espérons pouvoir compter sur votre soutien dans les semaines et les mois qui viennent.

Table ronde 1 I Aires marines protégées françaises : à la croisée des chemins

Florence Cayoccadirectrice de l’Unité de recherche « dynamiques des écosystèmes côtiers » de l’Ifremer, a commencé par remettre la protection de la nature dans son contexte historique. Le choc des doctrines, des outils de protection et des exemples depuis le 19ème siècle fut notamment expliqué. Une fois le contexte posé, l’intervenante s’est employée à présenter les différents types d’aires marines protégées : réserves naturelles, parcs naturels marins, sites Natura 2000… 

Elle prit ensuite le temps de rappeler le droit en place, notamment le décret du 12 avril 2022 définissant la notion de protection forte et les modalités de mise en œuvre de celle-ci, ainsi que la directive-cadre stratégie pour le milieu marin du 17 juin 2008. Son constat, toutefois, est clair : cette arborescence demeure inefficace. D’autant que, dans le milieu marin, il est plus que difficile de quantifier l’état des écosystèmes

En fin d’intervention, Florence Cayocca a néanmoins rappelé la pertinence des cinq pressions majeures sur les milieux marins introduite par l’IPBES, cet organe moins connu que le GIEC lequel, pourtant, joue un rôle similaire en ce qui concerne la biodiversité. Par ordre d’importance, ces pressions sont la surpêche, la perte des écosystèmes, le changement climatique, la pollution, les espèces invasives. Elle termina son intervention en rappelant la richesse biologique des zones côtières, la nature tout à fait essentielle des services écosytémiques que les milieux marins apportent aux sociétés humaines, et enfin, la nécessité impérieuse de consulter et d’impliquer tous les acteurs et actrices du littoral, les pêcheurs en tête, pour optimiser la protection de ces milieux.

Joachim Claudetdirecteur de recherche au CNRS et spécialiste de la durabilité des systèmes socio-écologiques côtiers et marins, commença par souligner un principe fondamental : conservation et exploitation ne sont pas antagonistes. Si nous voulons protéger la biodiversité, c’est aussi parce que nous dépendons directement d’écosystèmes en bonne santé pour notre propre survie et notre développement. C’est dans cette perspective que les aires marines protégées (AMP) doivent être comprises : non comme un frein à l’activité humaine, mais comme un levier de durabilité et d’efficacité à long terme. 

L’intervenant a rappelé que les AMP sont devenues, au fil des années, un outil incontournable dans les négociations internationales sur l’environnement. La France, en tant que Partie à la Convention sur la diversité biologique, s’est engagée à protéger 30 % de ses espaces marins d’ici à 2030. Cet objectif est désormais intégré à l’Agenda 2030 à travers la cible 14.5 des Objectifs de développement durable. Toutefois, cette ambition quantitative ne peut être atteinte sans un questionnement sur la qualité réelle de la protection mise en œuvre. 

Appuyé par de nombreuses méta-analyses scientifiques, Joachim Claudet a mis en lumière l’efficacité des AMP – à condition qu’elles soient strictes, c’est-à-dire exemptes de toute activité extractive. Dans ces zones où la mortalité par pêche est supprimée ou considérablement réduite, les poissons atteignent des tailles bien plus importantes. Or, leur capacité de reproduction étant exponentiellement liée à leur taille, cette croissance se traduit par une explosion du nombre d’œufs produits, lesquels bénéficient également aux zones voisines grâce aux courants marins. C’est l’« effet de débordement » : les poissons, dont la biomasse devient trop importante pour rester confinés dans l’aire protégée, en sortent et alimentent les zones de pêche périphériques. 

Au-delà de ces effets bénéfiques sur la biodiversité et la ressource, les AMP génèrent également des retombées économiques positives pour les communautés côtières. Elles participent au développement local, à la séquestration du carbone, à la recherche scientifique et à la construction de modèles innovants de gouvernance partagée, dans une logique de co-gestion. Ce sont autant de raisons pour lesquelles les AMP ont pris une place stratégique dans les politiques publiques de conservation marine. Toutefois, attention à une dérive préoccupante : pour atteindre rapidement les objectifs chiffrés, de nombreuses AMP dites « de papier » ou simplement « à protection modérée » sont désignées, alors même qu’elles autorisent des activités à forte pression, comme le chalutage de fond. 

En Europe, certaines des zones les plus intensément chalutées se trouvent paradoxalement… à l’intérieur des AMP. Le législateur, jusqu’ici, n’a pas jugé utile de restreindre ces usages, malgré les preuves scientifiques de leur impact destructeur. Or, les bénéfices des AMP les plus strictes – y compris pour la pêche – sont aujourd’hui démontrés. L’absence d’effets immédiats et les coûts de transition expliquent sans doute les résistances, mais aucun·e scientifique ne plaide pour une sanctuarisation totale ou irréaliste de l’océan. Il ne s’agit pas de viser 60 % de zones interdites à la pêche, mais de concevoir des AMP de manière intelligente, avec des niveaux de protection adaptés, pensés dans une logique d’équilibre entre conservation et développement durable.

François Chartier fut le dernier intervenant à prendre la parole sur cette table ronde. Le Chargé de campagne océan et pétrole de Greenpeace débuta son intervention par poser cette question simple, mais lourde de sens : que faire, maintenant que le diagnostic est posé ? L’enjeu ne réside plus dans l’extension de la surface totale des aires marines protégées, mais dans le renforcement de leur niveau de protection. Autrement dit, il ne s’agit pas de faire du chiffre, mais de garantir une réelle efficacité écologique. 

Un travail de fond a été entrepris à ce sujet : cartographier les zones vraiment soumises à une protection stricte. Il est né du constat d’un débat politique enlisé, trop souvent abstrait et de la volonté de proposer des pistes concrètes. Le bilan, là encore, est sans appel : sur les 10 % d’océan présentés comme « fortement protégés », seuls 4 % le sont effectivement, et 99,7 % de ces zones appartiennent à la catégorie des zones de très haute mer, où les activités humaines sont déjà faibles ou inexistantes. 

Face à cette situation, il faut changer de vocabulaire et de méthode. Il ne faut plus parler de protection « forte » ou de modèle « à la française », mais assumer clairement l’objectif de protection stricte, en s’appuyant sur les standards internationaux de l’UICN. Les catégories 1 à 4 de cette classification doivent servir de référence, afin de sortir du traitement au cas par cas et de garantir une lisibilité et une comparabilité à l’échelle internationale. L’idée n’est pas de créer de nouvelles aires en plus du réseau existant, mais bien de le densifier, en y identifiant 10 % de zones strictement protégées par façade maritime. 

L’approche adoptée est pragmatique : respecter la répartition géographique, éviter les injonctions contradictoires et ne pas superposer les AMP à des zones de production d’énergies renouvelables, les installations éoliennes en mer en tête. Il s’agit aussi de veiller à limiter autant que possible l’impact sur les activités socio-économiques existantes, tout en promouvant des dynamiques de revitalisation des territoires littoraux. Cette proposition est appelée à nourrir le débat public. Elle repose sur la considération des parties prenantes locales et est amenée à s’appliquer à l’ensemble des territoires maritimes, bien que l’exercice ait surtout été mené sur l’hexagone à ce stade. 

Ce dont nous avons besoin, c’est de sortir d’un débat devenu abstrait, pour revenir à des mesures concrètes, territorialisées et compréhensibles. À l’approche de l’UNOC, qui se tiendra à Nice, cette mise en cohérence entre les positions internationales ambitieuses de la France et les mesures réellement appliquées sur le terrain est nécessaire. Le grand écart entre les déclarations présidentielles sur la scène internationale et la réalité des politiques nationales ne saurait durer. Un alignement est attendu, notamment sur le modèle de la position prise par la France contre l’exploitation minière des grands fonds.

Un consensus fort existe aujourd’hui chez les ONG : il faut que les 10 % de protection forte deviennent effectivement stricts. Ce changement qualitatif suppose l’exclusion immédiate du chalutage de fond dans toutes les AMP, cette technique étant unanimement reconnue comme l’une des plus destructrices. En outre, chaque hiver, des chalutiers industriels de 80 à 140 mètres opèrent au large des côtes françaises, menaçant des écosystèmes déjà fragilisés. L’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans la bande des 12 000 nautiques, en cohérence avec les objectifs de conservation et de justice territoriale, est une nécessité de plus.

Table ronde 2 I Vers une pêche durable : enjeux et solutions de transition

Didier Gascuelchercheur et professeur en écologie marine de l’Institut Agro de Rennes-Angers, également expert de l’approche écosytémique de la gestion des pêches, a commencé par recentrer le débat sur la situation actuelle du secteur de la pêche, à la lumière de la crise profonde qu’il traverse. Une crise qui, selon lui, est avant tout écologique, même si elle est souvent masquée par d’autres facteurs conjoncturels : le Brexit, les évolutions des habitudes de consommation, ou encore la hausse continue du prix du gasoil. 

Mais au fond, la véritable cause est ailleurs : la ressource marine se dégrade rapidement. Les données scientifiques font état d’une baisse par cinq à dix de l’abondance marine dans certaines zones, signe d’un effondrement silencieux mais déjà bien entamé. Cette raréfaction des stocks est directement liée aux pratiques de pêche les plus intensives, à commencer par le chalutage de fond. Ce dernier détruit non seulement les habitats essentiels à la vie marine, mais affecte aussi la base de la chaîne alimentaire. 

Les espèces sensibles, parfois protégées, en subissent les conséquences, dans un contexte où la pêche reste, selon les rapports de l’IPBES, le principal facteur d’impact sur les milieux marins à l’échelle mondiale. Si la pression de la pêche a pu légèrement baisser ces dernières années, les bénéfices écologiques restent faibles et largement en deçà des attentes. Le changement climatique, en réduisant la productivité primaire et la stabilité des écosystèmes, ajoute une couche supplémentaire de fragilité. Ce sont les générations présentes qui en paient déjà le prix : les ports se vident, les navires sont vendus ou désarmés, et les faillites s’accumulent.

La politique commune des pêches, malgré ses réformes successives, n’a pas permis d’enrayer ce déclin. Dès lors, l’urgence est claire : il faut opérer une véritable transition. Une transition écologique, certes, mais aussi sociale. Car si nous restons sur la trajectoire actuelle, c’est non seulement la biodiversité, mais aussi l’ensemble de l’activité halieutique qui vadisparaître. Cela fait trente ans que les scientifiques appellent à adopter une approche écosystémique de la pêche. Il est temps d’y répondre, en repensant en profondeur la notion même de durabilité. 

C’est dans cet esprit que Didier Gascuel propose un nouveau cadre conceptuel, la « pêchécologie », équivalent marin de l’agro-écologie. Cette approche vise à minimiser systématiquement les impacts, espèce par espèce, engin par engin, zone par zone. Les gains potentiels sont immenses. On pourrait, selon lui, maintenir un niveau d’exploitation proche de celui d’aujourd’hui, tout en divisant drastiquement les effets néfastes sur les écosystèmes. Il a également insisté sur la nature commune de la ressource marine : ce que l’on prélève dans la mer doit bénéficier à l’ensemble de la société. Cela passe par le maintien d’une culture maritime vivante : des emplois, une activité touristique, une économie littorale dynamique. 

À cet égard, la petite pêche côtière est celle qui crée le plus de valeur locale, en termes d’emplois, de résilience et de retombées territoriales. Pour concrétiser la transition, Didier Gascuel plaide pour plusieurs mesures structurantes : augmenter les maillages des filets, réserver les zones côtières à la pêche artisanale, et interdire l’accès aux navires de plus de 25 mètres dans la bande des 12 milles nautiques. La « déchalutisation » progressive du secteur, loin d’être une utopie, doit être anticipée, planifiée et soutenue. D’autant plus que, sur les vingt espèces principalement ciblées par le chalut de fond, dix-huit peuvent déjà être pêchées efficacement par d’autres techniques. 

En conclusion, il faut soutenir la petite pêche côtière et accompagner la transition écologique des pêcheries industrielles. Cela implique une redirection stratégique des subventions, notamment celles issues du développement des énergies marines renouvelables, afin qu’elles soient mobilisées pour financer un avenir post-chalut, respectueux des écosystèmes comme des pêcheurs.

Gwenaël Pennarun et Ken Kawahara, respectivement pêcheur-président et secrétaire général des Ligneurs de la pointe Bretagne, ont apporté leur témoignage en tant que pêcheurs artisans. Gwenaël Pennarun commença par rappeler sa trajectoire militante, commencée dans les années 1990, au moment où les pêcheurs côtiers de sa région devaient composer avec la concurrence directe des chalutiers pélagiques. Son association fut créée pour se différencier, appuyée par une labellisation visant à valoriser une pêche locale, de qualité, raisonnée, un produit haut de gamme en somme : « on pêche moins, mais on pêche mieux ». En résumé, c’est d’un modèle économique pensé telle une alternative dont il était question pour lui. 

Aujourd’hui président de LIFE, une organisation qui représente 11 000 petits pêcheurs européens, il a insisté sur l’importance de l’article 17 de la Politique commune de la pêche, lequel prévoit que les quotas soient distribués selon des critères socio-économiques et environnementaux. Mais dans les faits, a-t-il dénoncé, c’est l’inverse qui se produit : plus un armement a surpêché dans le passé, plus il est en droit de revendiquer de quotas aujourd’hui. 

L’exemple du thon rouge a longuement été commenté : 95 % du quota français est accaparé par deux armements, pour un total de seulement quinze bateaux. Ce poisson, qui pourrait pourtant nourrir les littoraux, est massivement exporté, notamment vers le Japon, selon un modèle d’économie extraterritoriale et financiarisée. Comment se faire à cette idée lorsque l’on sait qu’un emploi en mer correspond en moyenne à quatre emplois sur terre ? Malheureusement, difficile d’y faire face lorsqu’on sait que les petits pêcheurs peinent à faire entendre leur voix dans les structures de représentation actuelles. 

La suppression des comités locaux, combinée à la mainmise d’intérêts industriels sur les échelons départementaux et régionaux, a très nettement fragilisé leur capacité à se défendre. Les instances censées représenter la pêche française sont parfois dirigées par des personnes qui ne sont même pas issues de la profession et qui défendent, dans certains cas, des intérêts étrangers, surtout néerlandais.

Autre difficulté, le quotidien d’un patron-pêcheur laisse peu de place à l’engagement institutionnel : chaque jour d’absence en mer représente une perte sèche de revenus personnels et de rémunération pour les matelots. Ce déséquilibre structurel dans la gouvernance de la filière est une cause majeure de la défiance actuelle. Puis, Ken Kawahara enchaîna et prit le temps de faire un retour historique, afin de replacer cette évolution dans le temps long : après la Seconde Guerre mondiale, la pêche reposait sur une flotte abondante, faiblement motorisée. La modernisation progressive, alimentée par des financements publics, a massivement favorisé le développement du chalut, sous toutes ses formes. 

Résultat : une course à l’armement technologique, des bateaux de plus en plus gros, mais de moins en moins nombreux, et une chute corrélative du nombre de pêcheurs. À partir des années 2000 les politiques de quota sont devenues plus strictes. Mais la dynamique d’industrialisation était déjà bien avancée, et les efforts de régulation, au lieu de corriger les déséquilibres, ont souvent accentué les inégalités. En 2015, malgré des signes de reconstitution de certaines ressources comme le thon rouge, la filière a connu une nouvelle série de crises autour du gasoil, des rapports de force avec les ONG, et de la répartition des efforts de pêche. Les grands armements ont souvent tiré leur épingle de cette situation tendue. 

À croire Ken, le système actuel est entièrement calibré pour une pêche industrielle et productiviste. Pourtant, par-delà l’exploitation agressive des quotas, ne serait-il pas plus important de maintenir une flotte vivante, des emplois, des savoir-faire, et de prévenir les accidents humains et environnementaux ? Après soixante quinze ans d’accumulation d’injustices structurelles, la question n’est pas de refaire l’histoire, mais bien d’imaginer un futur différent. Un avenir où la transition ne soit pas un nouveau vecteur d’industrialisation, mais un levier pour soutenir la petite pêche et lui redonner les moyens d’exister.

Aujourd’hui, les zones de pêche s’éloignent. Sans mesures compensatoires, les petits pêcheurs n’auront ni les moyens techniques ni économiques d’y accéder. La voie est alors grande ouverte aux plus gros armements. Dans ce climat tendu, où deux blocs s’affrontent – les défenseurs du statu quo d’un côté, les ONG jugées radicales de l’autre, les petits pêcheurs sont pris en étau. Leur voix peine à trouver sa place. Or, leur objectif est simple et clair : une pêche durable, bien sûr, mais aussi dynamique, locale, et employeuse. La coopération pragmatique doit être de rigueur. La multiplication des AMP n’est pas un souci en soi, à condition qu’elle se fasse avec les pêcheurs et non contre eux. L’avenir sera à la co-construction. 

Laurence Cazadisprofessionnelle du médico-social reconvertie marin-pêcheur fut la dernière à prendre la parole. Le témoignage qu’elle livra fut aussi poignant que rigoureusement ancré dans son expérience sur le terrain, ou plutôt, sur la mer. Son attention constante aux pratiques, aux contraintes et aussi aux paradoxes du métier n’a cessé de transparaître de son intervention. Les nombreuses difficultés que celle-ci rencontre au quotidien, aussi : manque de moyens techniques et financiers, obligations administratives pesantes, lourdeurs des procédures de déclaration. Autant d’obstacles qui viennent s’ajouter à la dureté intrinsèque de la vie en mer. 

Elle a aussi tenu à déconstruire certains clichés : « pêche artisanale » ne veut pas nécessairement dire « petit bateau », et inversement. Un petit bateau peut avoir un impact écologique considérable s’il utilise des techniques intensives. Elle a d’ailleurs évoqué un passage significatif dans son parcours : celui du chalut. Embarquer à bord d’un chalutier lui a permis de mieux comprendre les raisons culturelles, symboliques et économiques qui poussent certains marins à adopter cet engin, souvent vu comme un marqueur d’intégration dans le métier, une sorte de passage obligé pour être reconnu comme un « vrai » pêcheur. Désormais, elle pratique trois techniques différentes, illustrant l’ingéniosité et l’adaptabilité des patron.nes-pêcheurs. Des figures qu’elle décrit comme exemplaires de résilience, capables d’encaisser des chocs multiples : crises du gasoil, prédation des cétacés, instabilité des marchés, complexité des réglementations… 

Face à ces épreuves, la solution de « pêcher plus pour gagner plus » ne tient pas, que ce soit sur le plan économique ou humain. La réalité, c’est une grande difficulté à valoriser les captures, à obtenir un juste prix, et à maintenir l’équilibre économique du bateau. Au-delà de la mer, Laurence a insisté sur la nécessité de porter son regard vers ce qu’il se passe à terre. Les enjeux de transformation, de commercialisation, d’entretien du matériel, de gestion administrative ou encore de santé mentale des marins sont trop souvent oubliés dans les politiques publiques. « Il faut prendre soin du marin pêcheur », a-t-elle insisté, plusieurs fois, en appelant à un changement de regard sur la profession. 

En guise de conclusion, elle a appelé à un besoin de clarification politique et juridique : que désigne-t-on réellement quand on parle de « pêche artisanale » ? L’absence de définition partagée fragilise les dispositifs d’aides ciblées, dilue les priorités, et entretient une confusion stratégique. Or, pour accompagner la transition du secteur, il faut pouvoir nommer clairement les pratiques, les acteurs, et les objectifs. Bref, il faut apprendre à mieux nommer les choses.

Conclusion

En conclusion, Mathilde Ollivier a présenté les principales dispositions de sa proposition de loi, en mettant en évidence la cohérence de ses dispositions pour résoudre les problématiques mises en avant à l’occasion du colloque. 

Un temps d’échange avec le public et les intervenant.e.s fut ensuite organisé, permettant à chacun.e de s’exprimer et de se préparer à la suite, notamment dans la perspective de la « marée citoyenne » !