Ces dernières semaines au Sénat ont été marquées par une avancée historique : l’adoption définitive, le 7 mai dernier, de la loi relative à la restitution des biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite. J’étais la cheffe de file du groupe Écologistes Solidarité et Territoires sur ce texte et je mesure pleinement ce que représente son entrée en vigueur.
Jusqu’à présent, rendre un seul objet spolié à son pays d’origine exigeait le vote d’une loi entière, spécialement dédiée à ce bien et à lui seul. Une procédure de droit commun permettra désormais d’instruire ces demandes : un comité scientifique bilatéral, constitué en concertation avec l’État demandeur, évaluera chaque dossier sur des critères établis par la loi, avant qu’un décret du Conseil d’État ne statue sur la restitution. C’est un changement de méthode attendu depuis des années.
Mais lors des débats au Sénat, il est apparu qu’une majorité de parlementaires de droite et du centre refusait d’appeler les choses par leur nom.
La réalité, c’est que ces masques, statuettes, tambours, trésors royaux, sont conservés dans nos musées parce que la France les a pris. Elle les a pris dans les pays qu’elle a colonisés, au cours d’une période que la loi elle-même délimite spécifiquement : entre 1815 et 1972. Ce lien entre spoliation et colonisation n’est pas une interprétation militante mais un fait historique que le texte de loi reconnaît en fixant ce bornage temporel.
Je ne partage pas cette frilosité. Rendre ces objets, c’est reconnaître qu’ils n’auraient pas dû être pris. Si le geste lui-même rappelle implicitement que la spoliation était injuste, pourquoi refuser de le dire ? Regarder l’Histoire en face n’est pas une faiblesse. C’est, à mon sens, la condition nécessaire pour construire des relations apaisées entre les peuples et éviter de reproduire ce que nos prédécesseurs ont commis. La paix durable entre les nations ne se fonde pas sur l’amnésie mais sur une vérité partagée.
Cette loi est une belle avancée. Elle aurait pu être, aussi, le début d’une parole politique à la hauteur de l’Histoire.
Mathilde Ollivier






