Le 23 octobre dernier, nous avons envoyé un courrier à Philippe Tabarot, Ministre des Transports, concernant l‘abandon des trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne. Découvrez-le ci-dessous :

Monsieur le Ministre, 

Par la présente, nous souhaitons vous solliciter au sujet de la menace de fermeture des lignes de trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne via Strasbourg, dès le 14 décembre 2025, à la suite de la potentielle suppression de la subvention d’État (de l’ordre de 8 M€ par an) accordée à la SNCF pour l’exploitation de ces trains, conjointement avec la Deutsche Bahn et les Chemins de fer autrichiens (ÖBB). 

Cet arrêt des seules dessertes de nuit internationales passant par la France serait justifié par la non atteinte des objectifs initialement définis. En effet, les opérateurs ne respecteraient pas l’engagement d’assurer une desserte quotidienne depuis l’automne 2024, ne circulant que trois fois par semaine. 

Mais il est essentiel de rappeler que cette fréquence, actée en accord avec l’État, s’explique par les très nombreux travaux réalisés sur les réseaux ferrés allemand et français. Par ailleurs, lors du lancement, l’exploitation avait été conditionnée à l’existence d’une subvention publique indispensable pour assurer sa viabilité économique. 

Les difficultés qu’ont rencontrés les trois opérateurs pour mettre en oeuvre les engagements initialement annoncés posent de lourds problèmes et requièrent des mesures fortes. Mais si ces dysfonctionnements sont réels, ils ne sauraient justifier une suppression pure et simple des lignes de trains de nuit. 

En effet, les résultats sont au rendez-vous et prometteurs : 66.000 voyageurs transportés en 2024, soit un taux d’occupation moyen de 70 % cette même année. Par ailleurs, 74 % des Français estiment que l’État devrait investir dans les trains de nuit. 

Au regard de la relance de tels services en Europe, mais également pour tenir nos objectifs de décarbonation, de réduction des consommations énergétiques, pour que s’opère le report modal depuis la route et l’avion, la mise en place d’un réseau élargi de trains de nuit est nécessaire, le Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI) l’a bien établi. 

Supprimer ces deux lignes serait une erreur politique, un recul écologique et stratégique. Cela compromettrait toute relance future de trains de nuit internationaux, alors même que des projets ambitieux émergent partout en Europe. Ce serait aussi envoyer un signal désastreux à toutes celles et ceux qui croient encore en une Europe du rail, sobre, connectée, où la France doit jouer un rôle moteur. 

Supprimer ces deux lignes, tournerait le dos au scénario de planification écologique dressé par le COI, retenu par le Plan d’Avenir des Transports, qui ciblait le développement d’un réseau de nuit. Cela reviendrait à compromettre l’essor d’un réseau suffisamment étayé, condition indispensable pour assurer une visibilité, une offre commerciale, de la communication et de la mutualisation des ressources et des charges et permettre le développement d’un matériel roulant adapté. 

Enfin, ces deux lignes renforcent le rôle de Strasbourg, capitale européenne, en tant que carrefour du Rhin supérieur. Elles offrent une alternative écologique sur des trajets internationaux, et permettent de se déplacer dans l’espace rhénan et dans l’Europe toute entière. 

C’est pourquoi nous vous serions fortement reconnaissants, Monsieur le Ministre, de bien vouloir réévaluer cette décision grave et de maintenir cette subvention étatique dans le cadre du Projet de Loi de Finances pour 2026. Nous restons à votre disposition pour échanger sur ce sujet et travailler collectivement à l’identification d’une solution pérenne. 

Nous vous remercions vivement, Monsieur le Ministre, pour votre attention et votre diligence, et vous prions de croire en notre sincère considération. 

Mathilde Ollivier, Sénatrice des Français établis hors de France 
Jacques Fernique, Sénateur du Bas-Rhin
Cédric Chevalier, Sénateur de la Marne
Ronan Dantec, Sénateur de Loire-Atlantique
Franck Dhersin, Sénateur du Nord
Elisabeth Doineau, Sénatrice de la Mayenne
Sabine Drexler, Sénatrice du Haut-Rhin
Michèle Gréaume, Sénatrice du Nord
Ludovic Haye, Sénateur du Haut-Rhin
Christine Herzog, Sénatrice de la Moselle
Christian Klinger, Sénateur du Haut-Rhin
Vivette Lopez, Sénateur du Gard
Laurence Muller-Bronn, Sénatrice du Bas-Rhin
Louis-Jean de Nicolaÿ, Sénateur de la Sarthe
Elsa Schalck, Sénatrice du Bas-Rhin
Sylvie Valente-le-Hir, Sénatrice de l’Oise
Michaël Weber, Sénateur de la Moselle