Du 5 au 10 mars 2026, je me suis rendue au Portugal, à Porto puis à Lisbonne, afin de rencontrer les Françaises et Français établis dans le pays, les acteurs du réseau éducatif et culturel français, ainsi que plusieurs responsables institutionnels et économiques. Ce déplacement m’a permis d’échanger avec de nombreux interlocuteurs engagés dans les relations franco-portugaises.
Porto : rencontres avec la communauté française et les acteurs éducatifs
Mon déplacement a débuté à Porto, où j’ai organisé une réunion publique avec nos compatriotes. Ces moments d’échanges sont essentiels pour entendre les préoccupations concrètes des Français de l’étranger et partager les enjeux qui concernent directement leur quotidien.
Le lendemain, j’ai visité le lycée français de Porto, où j’ai été accueillie par l’équipe de direction et l’association gestionnaire. J’ai également rencontré les représentants des personnels enseignants ainsi que les parents d’élèves. Ces rencontres ont permis d’échanger sur les difficultés rencontrées par les établissements conventionnés dans le contexte de mise à contribution des établissements aux pensions civiles et les inquiétudes liées à l’avenir du réseau AEFE et à ses évolutions structurelles et financières.
Cette journée à Porto s’est poursuivie par une rencontre avec l’association FLAM Caravelle, qui œuvre pour la transmission de la langue et de la culture françaises auprès des enfants de familles francophones. Ces associations jouent un rôle précieux pour maintenir le lien avec la francophonie, mais dépendent trop souvent sur l’engagement quotidien d’un nombre limité de bénévoles, souvent des femmes. Nous avons notamment discuté de la nécessité de subvention de fonctionnement plutôt que de projets pour les associations FLAM, afin de limiter les charges administratives sur de petites associations qui n’ont pas le temps de développer des projets annexes au cœur de leur mission, celle de l’enseignement du français et de la culture françaises aux enfants non-scolarisés dans le réseau AEFE.
Enfin, j’ai visité l’Alliance française de Porto, où j’ai échangé avec Manuel de Novaes Cabral, consul honoraire et président de l’Alliance française de Porto ainsi qu’avec la directrice, Fatima De Sousa. Nous avons évoqué le rôle central de l’Alliance pour la diffusion de la langue française et dans l’animation culturelle locale et la stratégie digitale développée par l’Agence, avec une part importante de cours en ligne et une offre de français professionnel. Avec Monsieur le Consul honoraire, nous avons aussi évoqué les besoins de la communauté française en forte croissance dans le nord du Portugal, alors que les services consulaires restent concentrés à Lisbonne.
Lisbonne : langue française, action consulaire et coopération culturelle
Route ensuite pour Lisbonne, où je suis arrivée le 8 mars, journée de lutte pour les droits des femmes. J’ai ainsi pû me rendre à un évènement organisé par des femmes françaises et portugaises, centré autour de conférences sur la lutte contre les violences faites aux femmes, et d’un forum donnant la place à l’entreprenariat féminin. L’occasion d’échanger avec des femmes très engagées sur cette question au Portugal et de présenter le texte que nous portons avec ma collègue Mélanie Vogel sur le sujet des VSS à l’étranger.
J’ai d’abord rencontré l’équipe de l’Institut français à Lisbonne, dirigé par Mathilde Vanackere. Dans un contexte budgétaire contraint et revu à la baisse, les priorités doivent être clairement définies. Les projets à forte visibilité sont privilégiés, tandis que l’Institut cherche à diversifier ses partenariats et ses initiatives.
La question de l’avenir du réseau culturel français est posée, notamment sur la coordination entre les instituts à travers le monde et face à la dépendance plus ou moins importante aux appels à projets en fonction des structures des instituts, entre ceux qui s’appuient sur des recettes de cours, et ceux qui dépendent plus fortement de la subvention publique, comme l’Institut français de Lisbonne.
Au Portugal, ces enjeux s’inscrivent dans une réflexion plus large sur le plurilinguisme en Europe. Le français reste très présent dans le système éducatif portugais : environ 250 000 élèves l’étudient en deuxième langue vivante. Toutefois, l’avenir du français suscite des interrogations, notamment en raison du vieillissement du corps enseignant et de la diminution du nombre d’enseignants disponibles.
J’ai ensuite eu un échange avec Hélène Farnaud-Defromont, ambassadrice de France au Portugal. Nous avons évoqué plusieurs sujets d’actualité, notamment l’investiture du nouveau président du Portugal et les enjeux politiques du pays. Nous avons également abordé les questions relatives aux Françaises et Français établis sur place : leur nombre important, l’évolution de la sociologie de cette communauté, ainsi que les enjeux liés à l’enseignement français à l’étranger.
J’ai ensuite rencontré l’équipe de la section consulaire, dirigée par Riad Hamrouchi, chef de la section consulaire. Nous avons abordé plusieurs sujets essentiels pour les Françaises et Français du Portugal : les aides sociales, l’état civil, mais aussi les délais et les conditions d’accueil pour les démarches administratives telles que les passeports. Malgré une affluence parfois importante, les équipes parviennent à maintenir un service efficace, avec des délais rapides pour obtenir un rendez-vous.
La journée s’est terminée par une réunion publique à Lisbonne, qui m’a permis d’échanger directement avec les Françaises et Français installés au Portugal. Nous avons évoqué leur quotidien, leurs préoccupations administratives, mais aussi les évolutions de la communauté française dans le pays.
J’ai débuté la journée du mardi avec la visite de l’Alliance française de Lisbonne, dirigée par Frédéric Davanture, une institution dynamique installée dans des locaux acquis en 2018. L’établissement propose une offre de cours très diversifiée. Comme beaucoup de structures éducatives, l’Alliance a connu une évolution de pratique depuis la période de la pandémie : en 2022, près de 70 % des cours étaient dispensés en ligne. Aujourd’hui, l’équilibre est revenu à environ 50 % de cours en présentiel et 50 % en virtuel.
Près de la moitié des inscrits sont de jeunes professionnels, cette dynamique est liée à la forte présence économique française dans le pays. On compte environ 750 entreprises françaises affiliées à la Chambre de commerce au Portugal, ce qui entretient une demande réelle pour l’apprentissage du français.
Malgré cela, les effectifs ont diminué sur le long terme : l’Alliance comptait environ 7 000 élèves dans les années 1980, contre environ 1 600 aujourd’hui. Par ailleurs, de nombreuses entreprises françaises se sont historiquement implantées au Portugal en raison du niveau relativement bas des salaires. Cette réalité évolue aujourd’hui, notamment avec l’augmentation importante du coût du logement dans les grandes villes.
Le lycée français Charles-Lepierre : dialogue avec les élèves, les enseignants, les parents et la direction
J’ai ensuite visité le lycée français Charles-Lepierre de Lisbonne, dont une partie des infrastructures a récemment été rénovée. Les nouveaux espaces s’inscrivent dans une démarche résolument éco-responsable. J’ai eu l’occasion d’échanger avec des élèves engagés au sein du Conseil de vie collégienne (CVC) et du Conseil de vie lycéenne (CVL). Nous avons discuté de leur rôle dans la vie de l’établissement, de leurs projets, ainsi que de ma proposition de loi sur ces sujets.
Ces échanges ont également permis d’aborder plusieurs questions qui concernent directement les jeunes générations, notamment l’usage des téléphones portables et le débat autour de l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
J’ai aussi rencontré les représentants du personnel enseignant et les représentants de parents, qui expriment une inquiétude légitime face aux évolutions futures du réseau AEFE, notamment en ce qui concerne les pensions civiles, les perspectives d’organisation du réseau et le nombre et statut des enseignants et les bourses scolaires.
Avec la direction, nous avons notamment échangé sur la gestion et le statut des EGD (établissement en gestion direct), notamment sur les questions de comptabilité et d’investissements immobiliers. Nous avons aussi évoqué la prise en charge des enfants à besoin éducatif particulier et leur accueil, avec l’opportunité que des maitres E, puissent être détachés dans le réseau pour accompagner les parents, l’enfant et les équipes éducatives.
Lors de cette visite, j’ai également participé à une interview avec de jeunes journalistes du lycée français. Ce fut un moment très stimulant, au cours duquel nous avons abordé plusieurs sujets : la place des femmes en politique, mon parcours jusqu’au Sénat et mes engagements en faveur des Français établis hors de France.
Fin du déplacement : coopération et protection de l’Océan.
Enfin, ce déplacement s’est conclu par un échange avec Ruben Eiras, secrétaire général du Fórum Oceano, l’organisme gestionnaire du cluster maritime portugais, reconnu par le ministère de l’Économie et de la Mer.
Cette organisation à but non lucratif a pour mission de promouvoir et de développer l’économie maritime au Portugal, en soutenant l’innovation, l’entrepreneuriat et la coopération entre les acteurs du secteur. Le Fórum Oceano œuvre également au renforcement de la compétitivité des entreprises et institutions liées à l’économie maritime.
Nos discussions ont notamment porté sur les enjeux de protection de l’océan, les aires marines protégées, ainsi que sur les parallèles entre les politiques menées en France et au Portugal dans ce domaine, deux pays profondément tournés vers la mer.















