Les dimanche 8 et lundi 9 février 2026, je me suis rendue à Bucarest, en Roumanie, afin de rencontrer les acteurs institutionnels, consulaires, éducatifs, culturels, politiques et associatifs, ainsi que la communauté française installée dans le pays. Ce déplacement s’inscrivait dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par la proximité immédiate de la guerre d’agression russe en Ukraine et par le rôle stratégique croissant de la Roumanie au sein de l’Union européenne.
Le dimanche 8 février a débuté par un tour d’horizon approfondi de la situation en Roumanie avec Nicolas Warnery, ambassadeur de France en Roumanie, et son équipe. Les échanges ont porté sur la situation sécuritaire du pays, directement concerné par la guerre en Ukraine, du fait de sa frontière avec ce pays et de la présence d’un contingent particulièrement important de soldats français positionnés en Roumanie. Nous avons également évoqué la relation franco-roumaine, la place de la Roumanie dans l’Union européenne, notamment depuis son entrée récente dans l’espace Schengen, ainsi que les enjeux stratégiques régionaux dans un contexte de fortes tensions internationales.
Une part importante des échanges a concerné la situation politique intérieure roumaine, fragilisée à la suite des élections présidentielles récentes, au cours desquelles des ingérences russes ont été avérées. Ces manipulations de grande ampleur, notamment via les réseaux sociaux et en particulier TikTok, ont conduit à l’élection surprise de Călin Georgescu, révélant la vulnérabilité du débat démocratique face à la désinformation. Cette situation fait écho à des problématiques observées dans d’autres pays de la région, notamment en Bulgarie, et souligne l’enjeu majeur que représentent l’accès à une information fiable, la lutte contre la désinformation et l’éducation aux médias.
Dans ce contexte, Bucarest joue un rôle important en matière d’information, accueillant notamment un centre significatif de RFI en langue roumaine ainsi qu’une rédaction de journalistes ukrainien•nes travaillant depuis la Roumanie. À la suite de ces échanges, j’ai rencontré Benoit MAYRAND, l’un des trois conseillers des Français de l’étranger en Roumanie. Nous avons échangé sur la situation politique et économique du pays, ainsi que sur l’évolution de la Roumanie au cours des trente dernières années. Ces transformations profondes ont eu un impact direct sur la communauté française installée dans le pays, qui a elle-même fortement évolué au fil du temps, tant dans sa composition que dans ses attentes et ses besoins.
J’ai également pu échanger avec une élue franco-roumaine, Clotilde Armand, maire d’un arrondissement du centre de Bucarest. Cet échange a été particulièrement riche et éclairant sur les défis de la vie politique roumaine, les tentatives d’ingérence, les problématiques de corruption et les résistances auxquelles sont confronté•es les élu•es engagé•es dans des démarches de transparence. Elle est notamment revenue sur son action en matière de lutte contre la corruption, qui a constitué le cœur de son mandat, en particulier à travers la renégociation de contrats liés à la gestion des déchets. Cette démarche s’est accompagnée de fortes pressions, illustrant les difficultés rencontrées par les élu•es locaux souhaitant engager des réformes structurelles.
Le lundi 9 février a débuté par une visite de l’institution consulaire, en compagnie de Madame Cécile Doucet, consule. Les échanges ont porté sur les bourses scolaires, mais aussi plus largement sur l’accompagnement social des Français•es en difficulté en Roumanie. Un besoin particulièrement préoccupant concerne les personnes âgées disposant de faibles ressources, dont certaines souhaitent rejoindre des établissements d’hébergement pour personnes âgées en France. Les maisons de retraite en Roumanie étant très coûteuses, ces situations nécessitent un accompagnement spécifique, renforcé et individualisé pour des personnes souvent isolées. J’ai ensuite rencontré les équipes de l’ESID, école française appartenant au groupe Odyssey, ainsi que des parents d’élèves et des élèves délégués. Les échanges ont porté sur la demande d’ouverture d’un collège au sein de l’établissement, une attente forte des familles, qui pose toutefois la question de l’articulation avec le lycée français Anna de Noailles, établissement conventionné du réseau d’enseignement français à l’étranger à Bucarest.
Ma visite s’est poursuivie à l’Institut français de Roumanie, qui dispose de plusieurs antennes sur le territoire, notamment à Cluj et à Timișoara. Les échanges ont porté sur les enjeux liés à l’apprentissage du français dans le monde professionnel. Malgré la présence importante d’entreprises françaises en Roumanie, l’apprentissage du français recule, au profit de l’anglais. Cette situation pose un défi majeur pour la francophonie économique. Nous avons également évoqué les difficultés croissantes rencontrées par les Instituts français pour investir dans les équipements pédagogiques et dans la rémunération des enseignant•es, dans un contexte de contraintes budgétaires fortes et de subventions du programme 185 sous tension. L’un des enjeux structurants en Roumanie concerne également l’enseignement des langues vivantes dans le système scolaire. Si environ 75 % des élèves choisissent encore le français comme langue vivante 2, une récente réforme du système éducatif a conduit à une division par deux du volume horaire consacré aux langues, fragilisant durablement l’apprentissage du français.
La Roumanie compte par ailleurs 25 lycées bilingues, reconnus par un accord intergouvernemental et bénéficiant du label France Éducation, ainsi que 108 filières francophones dans l’enseignement supérieur. Ces filières, tout comme les quelque soixante doubles diplômes existant entre la France et la Roumanie, constituent un pilier essentiel de la coopération universitaire et scientifique franco-roumaine et nécessitent un soutien renforcé dans un contexte de recul global du français dans l’enseignement supérieur à l’échelle mondiale. Un autre enjeu majeur, évoqué tant à l’Institut français qu’à l’ambassade, concerne les étudiant•es français•es venu•es étudier en Roumanie, notamment en médecine et en études vétérinaires. Ils et elles sont aujourd’hui environ 4 000 à être inscrit•es dans le système universitaire roumain. Malgré la qualité reconnue de ces formations, ces étudiant•es doivent passer des examens spécifiques pour pouvoir exercer en France à l’issue de leur cursus. Cette situation représente une difficulté importante et appelle à un travail approfondi avec la Conférence des doyens de médecine afin de faire évoluer les dispositifs existants.
L’Institut français met également l’accent, à travers des programmes spécifiques comme le programme FES, sur la formation à la lutte contre la désinformation, le soutien aux échanges entre journalistes d’investigation, ainsi que sur le renforcement du travail autour de la démocratie et du soutien à la société civile. Des projets de coopération sont également menés autour des écoquartiers et du développement local, en lien avec le ministère français de la Transition écologique. Au cours de ces échanges, les agents du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ont par ailleurs exprimé leurs inquiétudes concernant les nouveaux contrats conclus avec la MGEN, pour lesquels la visibilité reste faible et dont la prise en charge semble, à ce stade, moins favorable que les dispositifs antérieurs.
J’ai également rencontré la direction, le président du comité de gestion, les représentant•es du personnel et les élèves du lycée français Anna de Noailles. L’établissement connaît une hausse limitée de ses frais de scolarité, avec une augmentation prévisionnelle de 3,5 %. Les personnels ont toutefois exprimé une inquiétude quant à un éventuel risque de déconventionnement, même si cette option ne semble pas privilégiée à ce stade par le comité de gestion. Les investissements immobiliers importants réalisés ces dernières années sont désormais derrière l’établissement, le prêt garanti arrivant prochainement à son terme. Comme en Bulgarie, la question de la valorisation salariale des personnels, notamment de droit local, reste centrale dans un contexte budgétaire contraint, rendant difficile toute évolution des grilles salariales. Les différences de missions et de charge de travail entre les anciens et les nouveaux contrats d’attachés au sein du réseau AEFE posent également question, les nouveaux contrats impliquant des missions plus lourdes. Je me pencherai sur ce sujet dans le cadre de ma mission d’information.
Lors de ma visite au lycée Anna de Noailles, j’ai également échangé avec les élèves. Nous avons discuté des questions de frontières, un thème sur lequel ils avaient travaillé dans le contexte de l’entrée récente de la Roumanie dans l’espace Schengen, mais aussi de la place des femmes en politique, des alliances stratégiques à gauche face à la montée de l’extrême droite, et plus largement de l’engagement citoyen des jeunes et de leur rôle dans nos démocraties. J’ai enfin conclu ce déplacement par une réunion publique avec la communauté française de Bucarest. J’ai notamment pu échanger avec des représentant•es de l’association ClimatoSfera, engagée dans la sensibilisation aux enjeux écologiques et à la transition énergétique en Roumanie. Ces thématiques restent encore peu présentes dans le débat public, mais l’association œuvre activement à leur diffusion, tant dans le monde professionnel qu’auprès de la société civile.
Ce fut un réel plaisir d’échanger avec l’ensemble de ces acteurs engagés. Je remercie chaleureusement toutes les personnes rencontrées lors de ce déplacement pour la qualité des échanges, leur disponibilité et les éclairages apportés sur la situation roumaine, la coopération franco-roumaine et les enjeux démocratiques, éducatifs et sociaux auxquels le pays est aujourd’hui confronté.













