En ce début d’année 2026, je me suis rendue en Algérie pendant une semaine. Les 4 et 5 janvier à Alger, les 6 et 7 à Annaba et du 8 au 11 janvier à Oran. Trois villes où se trouvent l’Ambassade de France ainsi que les trois consulats de France en Algérie. Il était important pour moi de pouvoir me déplacer dans ces trois villes aux enjeux parfois différents et aux communautés françaises distinctes.
Dans le cadre de mon déplacement en Algérie, j’ai pu mener plusieurs échanges institutionnels et rencontrer différents acteurs diplomatiques, consulaires et administratifs, autour de sujets politiques, mémoriels, consulaires et migratoires majeurs.
Jour 1
J’ai débuté mon déplacement dans la capitale algérienne aux côtés du consul général Bruno Clerc. J’ai rencontré la chancellerie politique ainsi que les chefs de services et personnels du consulat. Lors de ces échanges, nous avons abordé le texte récemment voté par le Parlement algérien portant sur la criminalisation de la colonisation. Les discussions ont notamment porté sur la question des crimes de la colonisation, sur la position actuelle de la France en matière de reconnaissance de ces crimes, ainsi que sur la question des archives relatives aux essais nucléaires français en Algérie. Ce dernier sujet demeure un point de mobilisation ancien et constant des écologistes, tant pour des raisons mémorielles que sanitaires et environnementales.
J’ai également évoqué le texte inscrit à l’ordre du jour parlementaire français à la fin du mois de janvier concernant la restitution des biens culturels. Cette question revêt une importance particulière en Algérie, où les autorités demandent notamment la restitution de biens appartenant à l’émir Abdelkader, actuellement conservés en France. Ces biens constituent des symboles forts de la résistance algérienne à la colonisation et occupent une place centrale dans la mémoire nationale.
S’agissant de la communauté française en Algérie, celle-ci est composée à plus de 90 à 95 % de Franco-Algériens, ce qui en fait une communauté profondément ancrée dans le pays. L’un des enjeux majeurs pour le poste diplomatique et consulaire concerne la délivrance des visas, avec plus de 200 000 visas délivrés chaque année. Toutefois, le renvoi récent d’un certain nombre de diplomates, dans un contexte de tensions franco-algériennes, a conduit à une réduction des capacités de traitement des demandes de visas. Cette situation engendre des difficultés concrètes pour certaines catégories de population souhaitant se rendre en France.
Pour l’Afrique du Nord, les questions d’état civil sont traitées directement par le Service central d’état civil (SCEC) de Nantes. Des difficultés récurrentes ont été évoquées, notamment concernant la transcription des actes d’état civil pour certain•es ressortissant•es, ainsi que le manque de lisibilité et d’explications sur les documents manquants, ce qui peut entraîner des situations longues et complexes pour les usagers.
Le poste consulaire en Algérie a par ailleurs développé un travail important en matière de lutte contre la fraude. Celui-ci s’appuie notamment sur des échanges réguliers avec la CPAM, la CAF et France Travail, en particulier sur les questions de résidence effective des ressortissants entre la France et l’Algérie. Ces contrôles visent à identifier les situations dans lesquelles des personnes continuent de percevoir des prestations sociales alors qu’elles ne résident plus en France. Un travail spécifique est également mené sur la question des dettes hospitalières, avec une coopération renforcée avec certains grands établissements hospitaliers afin de faciliter le recouvrement de ces créances.
Nous avons ensuite partagé le déjeuner avec les élus consulaires ainsi que les associations françaises. L’occasion pour elles et eux de me partager leurs préoccupations, en ce qui concerne notamment l’enseignement français à l’étranger, avec beaucoup de demande pour peu de place (1 place pour 80 demandes). Mais aussi les problématiques du secteur économique plombé par les mauvaises relations diplomatiques, notamment l’usine Renault actuellement fermée. Les CNF constituent une source importante de difficultés, voire d’incompréhension, pour de nombreux Français. De nombreux dossiers peuvent être rejetés pour des motifs formels, en raison d’erreurs ou de documents manquants, ce qui peut avoir des conséquences très lourdes sur la vie personnelle et administrative des personnes concernées.
Direction ensuite Campus France. C’est l’organisme qui traitent les dizaines de milliers de dossiers chaque année des étudiantes et étudiants qui veulent partir faire leurs études en France. Une service anti-fraude a été créé pour faire face aux falsifications des dossiers. Les dossiers retenues sont ceux qui présentent le projet professionnel le plus solide, avec des bons résultats scolaires et la garantie du financement des études.



J’ai pu discuter en détail de la procédure applicable aux étudiants souhaitant poursuivre leurs études en France. Cette procédure se déroule en cinq étapes. Elle commence par le dépôt du dossier, suivi du paiement de frais d’environ 100 euros, une fois que le/la candidat•e est notifié de la bonne réception de son dossier. Des entretiens sont ensuite organisés par Campus France afin d’évaluer la cohérence du projet d’études et du projet professionnel, le niveau de langue ainsi que le niveau académique du candidat. Les résultats de ces entretiens sont transmis aux universités françaises, qui décident d’accepter ou non les candidatures, en suivant ou non l’avis des conseiller•es Campus France. Une fois la candidature universitaire validée, l’étudiant•e peut déposer une demande de visa étudiant auprès du poste consulaire. Celui-ci instruit le dossier au regard des critères habituels, notamment les garanties financières apportées par la famille. À l’issue de cette analyse, le visa est accordé ou refusé.
J’ai rejoint l’Institut français, situé dans une magnifique bâtisse. La cour centrale est devenu un point de rendez-vous privilégié pour les jeunes qui profitent de cet espace de liberté. L’Institut abrite des expositions d’art, une grande bibliothèque qui permet de faire découvrir la culture française mais pas que. L’Institut accueille également beaucoup de public pour les cours de français toujours très prisés.
Une rencontre avec la communauté française était organisée en fin de journée, aux côtés du consul général Bruno Clerc, rejoint par mes collègues, la député écologiste Sabrina Sebaihi et le sénateur écologiste Akli Mellouli.
J’ai insisté durant mon discours sur l’importance du respect du droit international, du droit à l’autodétermination des peuples et sur le travail mémoriel. J’ai souhaité reconfirmer mon souhait de voir les relations entre nos deux pays s’apaiser, compte tenu notamment du lien important qu’il existe entre nos deux peuples. Aujourd’hui, on estime en effet à 4 millions de personnes binationales franco-algériennes, algéro-françaises.
Enfin, j’ai terminé cette première journée par un dîner avec l’association Français du Monde-ADFE.
Jour 2
Mon 2ème jour à Alger était dédié à l’éducation.
J’ai commencé au lycée français Alexandre Dumas avec une visite des locaux puis une rencontre avec les parents d’élèves, les élèves et les représentants du personnel. Plusieurs élèves notamment intéressés par les études en sciences politiques et sensibles aux questions climatiques, engagés dans les CVC et CVL (conseil de vie collégienne/lycéenne) et/ou comme éco-délégués.
Beaucoup de professeurs en Algérie sont des agent•es de droits locaux, et non des professeurs détachés, ce que j’ai pu vérifier dans les établissements des trois villes. Concernant les professeurs détachés, le sujet du bornage est revenu, indiquant que quand les personnes veulent rester dans le pays au-delà des 6 ans, elles y resteraient et représenteraient une perte directe pour l’éducation nationale. Des moments d’échange importants pour connaître les préoccupations, revendications et besoins de chacun et chacune.
Direction ensuite la petite école d’Hydra où j’ai déjeuné avec la direction et les parents d’élèves. La particularité de cette école est d’être une école-entreprise qui accueille donc les enfants des expatriés des entreprises françaises installées en Algérie.
Je me suis rendue dans une autre école, l’école primaire internationale Alexandre Dumas où j’ai pu rencontrer là aussi parents d’élèves et représentants du personnel. La situation de l’AEFE et les récents problèmes liés à la sécurité sociale française et à la couverture complémentaire de la MGEN étaient les principaux sujets de discussions. Les questions de climatisation écologique font également partie de leurs préoccupation : avec des températures particulièrement élevées l’été, les parents d’élèves ont déposé un projet pour pouvoir climatiser les salles de manière écologique (en installant notamment des panneaux solaires).
Ma journée s’est terminée avec une interview du journaliste Khaled Drareni sur les relations franco-algeriennes et les raisons de mon déplacement auprès de la communauté française en Algérie. La vidéo est disponible ici sur YouTube.
Prochaine étape : la ville d’Annaba !























