Aux côtés de mes collègues sénatrices Hélène CONWAY-MOURET et Mélanie VOGEL, du sénateur Yan CHANTREL et du député Karim BEN CHEIKH, j’ai adressé ce jour un courrier à la ministre de l’Éducation nationale, Elisabeth BORNE, pour solliciter un rendez-vous urgent concernant la limitation des détachements dans le réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE).

Une mobilisation qui continue

Cette démarche fait notamment suite à notre tribune, ainsi qu’à l’adoption, le 14 mars dernier, d’une résolution par l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) demandant la suspension de la limitation à 6 ans des détachements des enseignants titulaires. Adoptée à une très large majorité (57 voix pour, 2 contre, 1 abstention), cette résolution a témoigné du consensus qui s’est formé autour de cette question majeure pour les personnels enseignants du réseau AEFE et pour nos compatriotes établis hors de France.

Six ans d’alertes confirmées par les faits

Depuis 2019, nous alertons régulièrement, aux côtés des représentants syndicaux, sur les conséquences désastreuses de cette politique initiée par la note de service du 13 septembre 2018. Ce qui devait favoriser la mobilité s’est révélé être un frein majeur au bon fonctionnement de notre réseau d’enseignement à l’étranger.

Les impacts négatifs que nous dénoncions se confirment aujourd’hui : 

  • Crise de recrutement aggravée : les candidats sont découragés par la perspective d’un séjour limité
  • Précarisation des carrières : les enseignants se retrouvent dans l’incertitude professionnelle sans considération de leur situation familiale
  • Perte d’expertise : les établissements sont privés de personnels expérimentés essentiels à leur stabilité
  • Affaiblissement du lien local : la connaissance approfondie des contextes nationaux disparaitra progressivement avec le départ contraint des enseignants
  • Mobilité en berne : paradoxalement, la mobilité interne au réseau a diminué
  • Double peine : les enseignants contraints à la disponibilité perdent leurs droits à l’avancement et à la retraite

Un soutien institutionnel qui se renforce

Notre analyse trouve aujourd’hui un écho favorable jusque dans les instances officielles. La Cour des comptes elle-même, dans un rapport d’octobre 2024 sur la fonction ressources humaines au ministère de l’Éducation nationale, souligne les effets délétères d’un système rigide de gestion des mobilités et recommande de s’adapter aux disparités territoriales.

2025 : une année charnière

L’urgence est réelle. La rentrée de septembre 2025 marquera les premiers effets massifs de cette politique avec l’arrivée à échéance des premiers détachements sous ce régime. Il est encore temps d’agir pour éviter une déstabilisation majeure de notre réseau.

À gauche, une mobilisation au service de l’intérêt général

Cette démarche s’inscrit dans une volonté de défendre ensemble cet enjeu majeur pour nos compatriotes. L’enseignement français à l’étranger est un pilier de notre diplomatie d’influence et mérite une politique ambitieuse, non une gestion à courte vue.

À la suite de la tribune publiée à l’automne dernier, la pétition que nous avions lancée, Mélanie VOGEL et moi-même, avait recueilli plusieurs centaines de signatures dans le réseau AEFE et témoigne de l’ampleur du mécontentement et de l’urgence à agir.

Lors de la rencontre que nous sollicitons avec la ministre, nous aborderons l’évaluation des effets de cette mesure sur le recrutement et la stabilité des équipes, la reconnaissance des compétences et de l’ancrage local des personnels en détachement, les moyens de garantir une meilleure continuité pédagogique et les perspectives d’évolution du cadre réglementaire. 

Un combat qui continue

Cette action s’inscrit dans la continuité de notre engagement constant depuis des années. Nous continuerons à porter la voix de nos compatriotes établis hors de France et à défendre un réseau d’enseignement français à l’étranger inclusif, accessible et stable.

L’enseignement français à l’étranger mérite mieux qu’une politique de court terme. Il est temps de revenir à une approche fondée sur la confiance et la valorisation de l’expérience.